
Situé sur le versant nord-est de la Margeride à plus de 1200 mètres d’altitude, le village déserté de Montchauvet reste encore une énigme.
Le village est composé de 35 structures de pierres sèches, reparties en quatre zones distinctes s’étageant selon la déclivité du terrain. La zone périphérique occupe le bas de pente et comprend une douzaine d’unités. Elle est constituée par des habitats aux murs massifs de plan carré ou rectangulaire. Une structure de forme ovale attire l’attention mais sa fonction reste encore inconnue. Probablement fréquentée dès le néolithique, cette zone périphérique est la plus ancienne. Toutefois, l’hypothèse d’un habitat permanent et durable dès le IIIe millénaire avant J.-C. reste encore en suspend. A mi-pente, se trouve le bourg médiéval protégé par un rempart de pierres sèches. L’une des structures dégagées présente les caractères types d’une maison longue médiévale avec une partie dallée délimitant le lieu de couchage et une partie en terre battue plus imposante.
L’existence d’une forge est attestée par la découverte de nombreux restes métalliques. La partie sommitale est occupée par un secteur défensif : le « castrum » dans lequel ont été retrouvées des armes et les ancrages d’une ancienne tour de bois. Sur la partie la plus haute, une zone d’habitat plus recherchée, protégée par un fossé, s’organise autour d’une cour dallée. Cette zone castrale est occupée par l’élite du village comme le montre la découverte de bijoux et de deniers du Puy. Ce secteur est daté des Xe- XIe siècles.
Le village de Montchauvet présente donc une organisation et une chronologie complexe, au sein d’une région où a été identifiée une vingtaine de lieux habités aujourd’hui désertés. Cela permet d’envisager un peuplement relativement important dont l’activité s’organisait principalement autour de l’élevage ovin, du travail de la laine et des cultures vivrières sur terrasses. Son importance est due au passage de l’ancienne voie reliant Grèzes à Saint Flour, en contrebas du village. Le site de Montchauvet exercait certainement une activité de contrôle et de protection sur les villages alentours.
Malgré les recherches et les fouilles effectuées dans les années 1960 et 1990, de nombreuses questions restent sans réponse. En effet, le village de Montchauvet ne possède pas de cimetière, ni de lieu de culte à proximité immédiate. Les incertitudes, quant à la présence d’un habitat préhistorique permanent, sont nombreuses du fait de l’absence de structures. La plus grande interrogation porte sur les causes de la désertification du village au cours du XVe siècle : refroidissement du petit âge glaciaire, rôle de la Grande Peste, attraction d’une paroisse voisine plus puissante notamment Servières ? Autant de points d’ombre qui pourraient être éclaircis avec la reprise des fouilles sur ce site inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1989.