TERRITOIRE / PATRIMOINE HISTORIQUE / LES ASSEMBLEES ET LA BEATE

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Les assemblés et la béate

Les habitants de chaque hameau participent et contribuent tous à la construction de l’assemblée qui accueille la Béate* et qui reste la possession du village. Parfois, une partie des terrains de la communauté, les biens sectionnaux * sont cédés à la religieuse qui dispose alors d’un petit potager. La maison de la Béate de plan carré, souvent à deux étages présente une architecture simple. Sur le toit, le clocheton rythme la vie de tout le village avec l’Angélus* trois fois par jour ou les appels en classe. Le confort est spartiate ; la salle du rez-de-chaussée est consacrée à la vie collective et fait office de salle de réunion et de chapelle. Le second étage se partage entre la salle de classe et le logement de la sœur. Le mobilier est restreint, avec un lit clos, une armoire, des pupitres, des statues de saints, un chemin de croix, un crucifix et une vaste cheminée. Le grenier est quant à lui réservé à l’accueil de voyageurs ou de nécessiteux.

Dans le Pays de Saugues, ces « petites sœurs de campagnes » sont rattachées au Tiers Ordres du Mont Carmel de Saugues ou à celui de St Dominique de Saugues, de Venteuges ou de Chanaleilles. Ces congrégations anciennes et dispersées sur l’ensemble du territoire recrutent leurs futurs membres dans la population locale. Chaque année à la Toussaint, le village va recruter ou conforter sa béate : c’est la « loue ». La sœur emménage ensuite dans le village, qui en contre partie de ses services, assure sa subsistance. Elles accomplissent leur mission dans l’assemblée du village dont elles ont la charge. Les béates assurent l’éducation scolaire et religieuse de la communauté villageoise. Lors des veillées, elles forment les femmes à l’apprentissage de la dentelle, assurant à chaque foyer un petit revenu supplémentaire. Les béates donnent également des soins ou prennent en charge l’accompagnement des morts et de leurs familles. Les béates ont disparu dans les années 1990 et avec elles la dimension communautaire des villages d’en temps.

Les lois Ferry de 1882, sur l’enseignement primaire, favorisent le développement d’écoles primaires publiques dans les bourgs et les villages. Les béates, encore très présentes, font une certaine concurrence à l’école républicaine. Par ailleurs, la forte imprégnation de la religion dans leur enseignement n’est pas tolérée par les autorités nationales. Les rapports des inspecteurs de l’Instruction Publique critiquent l’enseignement des béates en les accusant de « favoriser les fantasmes, l’ignorance et l’immoralité ». A cette époque, le terme de béate prend une connotation péjorative évoquant la bêtise et la naïveté. Les institutions catholiques ne tardent pas à réagir en insistant sur le rôle social et charitable des sœurs. Dans le Pays de Saugues où la pratique et la ferveur religieuse sont encore fortes, ce conflit est assez virulent, en témoigne l’opposition des habitants de La Clause à la transformation de l’assemblée en école publique.

Définitions


* Béate : du latin bénie de Dieu.
* Angélus : prière mariale effectuée trois fois par jour (matin, midi, soir).
* Biens sectionnaux : partie des terres d’un village appartenant à tous les membres de la communauté villageoise et administrée de manière collective.

 
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